Le mardi 2 novembre 2010, lors du sommet de Lancaster house, à Londres, la rencontre du président français Nicolas Sarkozy et du premier ministre anglais David Cameron a débouché sur la signature de deux traités de coopération militaire, permettant aux deux pays de partager leur expertise, moyens et coûts en termes de défense nationale.
Les deux anciens “ennemis héréditaires du continent”, d’après la formule de David Cameron, ont fait de ce projet de 12 ans une réalité. En effet, l’idée de coopération avait été lancée lors du sommet de Saint Malo, en 1998 et semblait avoir été oubliée depuis.
Mais Durant cette période d’austérité budgétaire, il est probablement apparu aux deux dirigeants que le partage de moyens militaires serait la meilleure façon pour leurs pays respectifs de rester de grandes puissances militaires tout en économisant les deniers nationaux. En conséquence, cette coopération apparaît plus comme un choix pragmatique que comme une réelle volonté de rapprochement, d’autant plus que cette décision ne fait pas l'unanimité dans les deux états.
Ces deux traités comprennent des décisions déterminantes, telle que la simulation en 2014 du fonctionnement de leur arsenal nucléaire en coopération, dans une zone près de Dijon, en France, et dans l’Atomic Weapon Research à Aldermaston, en Angleterre.
En fait, la recherche nucléaire conjointe demeure l’un des plus importants et surprenants points des traités, mais la création en 2011 d'une force expéditionnaire commune, composée d’à peu près 5000 soldats de l’armée de terre, de l’air et de la marine n’est pas sans impressionner ses observateurs. Cette force ne sera pas permanente, mais agira sur des missions précises, dirigées par des organisations internationales telles que l'UE, l'OTAN ou l'ONU.
En 2020, le partage de leurs porte-avions et la maintenance conjointe du futur avion de transport “A400M” permettra aux deux pays d’avoir des équipements aériens en collaboration, dans le but de les utiliser conjointement sans problème d’accord. L’entraînement conjoint de leurs pilotes et l'effort commun pour améliorer leurs industries missiles devrait transformer les deux pays en une puissante alliance militaire.
Mais qu’en est-il de la perte de souveraineté que certains opposants craignent?
Au sein du parti conservateur par exemple, certains politiciens (qu’ils soient eurosceptiques ou non) ne veulent pas abandonner la capacité de l’Angleterre à prendre des décisions militaires, à la France. Le Daily express publie même “British Army under French orders”. En France aussi, ces traités ne mettent pas tout le monde d’accord. Eric Zemmour, journaliste français pour le Figaro et consultant pour RTL, connu pour son euroscepticisme et ses idées polémiques, a ainsi déclaré le mercredi 3 novembre à l’antenne d’RTL “C’est un enterrement de la défense européenne”, affirmant que les pays européens coupaient trop leur budget de défense et abandonnaient celle-ci aux USA, partenaire historique de l’Angleterre.
Malgré ces oppositions, les deux leaders se veulent plutôt rassurants. D’après David Cameron, “le but n’est pas de réduire les souverainetés anglaises ou françaises ou partager la force de dissuasion nucléaire (...) Nous n’allons impliquer nos deux pays que si chacun d’eux est d accord pour partir en mission.” Et pour ceux qui doutent de la loyauté de la France, le premier ministre répond: “le retour de la France dans l’OTAN fait que celle-ci demeure un partenaire naturel pour nous”. Mais il est difficile d’occulter le fait que même dans ses propres frontières, beaucoup de doutes demeurent à propos du retour de la France dans l’OTAN.
Pour Nicolas Sarkozy, ces traités sont une nécessité dans un monde de plus en plus “dangereux”. “Au moment où certains observateurs affirment que l’Europe souffre d’un enfermement stratégique, nous montrons, Angleterre et France, que ce n’est pas le cas”. Ils signifient pour les deux pays un “niveau de confiance jamais égalé dans l’Histoire ”, selon le président.
Mais Fabio Liberti, le directeur de recherche de l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), considère que les traités en question sont un signe du déclin de leurs armées respectives. “Aujourd’hui déjà, il est évident que les armées européennes ne sont pas capables de mener un conflit majeur. Si vous regardez l’Afghanistan, la France et l’Angleterre, en envoyant pléthore de soldats, ne peuvent pas réellement exprimer leur opinion sur la stratégie américaine, et jouent un rôle militaire de moins en moins déterminant “
Quelle version choisir? La rassurante, qui veut transformer ce traité en garantie pour une politique européenne de sécurité efficace dans le monde ? Ou l’autre, qui assure que ce genre de traité prouve l’impossibilité pour les pays européens de rester de grandes puissances militaires pouvant rivaliser avec les Etats-Unis ?

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